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Mona Lisa dans tous ses états

Mona Lisa dans tous ses etats - La Joconde par Leonard de VinciChef-d’oeuvre parmi les chefs-d’oeuvre, La Joconde est l’un des tableaux les plus connus au monde, peut-être même le plus emblématique.

Aussi appelée Portrait de Mona Lisa, cette peinture du célèbre Léonard de Vinci est le fruit d’un travail de plusieurs années, réalisé entre 1503 et 1506. C’est bien sûr une oeuvre qui témoigne de la virtuosité du maître italien, notamment à travers toute la technicité qu’elle recèle. Les jeux d’ombres et lumières, le clair-obscur, ou encore le travail d’imitation parfaite des chairs, donnent à ce portrait une présence intrigante et fascinante.

Pour la petite histoire, « Mona Lisa », ou « Dame Lisa » en italien ancien, est une florentine, épouse de Francesco del Giocondo, dont le nom « Giocondo » deviendra très vite « Joconde » en français.
L’oeuvre a d’ailleurs rejoint la France assez tôt, puisque François Ier en fera l’acquisition pour 4 000 écus en 1518. À l’époque, le tableau est considéré comme une oeuvre d’une rare perfection et fait l’objet d’une admiration unanime.
Et cette fascination n’a eu de cesse de s’accroître. Aujourd’hui exposé au musée du Louvre, et ce depuis la Révolution, le petit panneau de bois de 77 cm x 53 cm est admiré par 15 000 personnes chaque jour.

Un tableau ô combien énigmatique devant lequel on ne peut qu’être contemplatif. Avec ce sourire mystérieux, cette posture et ce regard captivants, on parvient même à ressentir une certaine affinité avec la personne représentée. La Joconde est d’ailleurs l’un des premiers portraits de la Renaissance où l’on voit une femme plonger directement son regard dans celui du spectateur.
À ce jour, les explications sont nombreuses quant à cette posture, sa symbolique et aux multiples codes dissimulés dans le tableau. Plus qu’une oeuvre, la Joconde est donc devenue un véritable mythe, un monument culturel, dont la célébrité s’est façonnée à partir des mystères qui entourent son histoire et sa réalisation.

Ce mythe, la société s’en est emparé, et la Joconde a ainsi fait l’objet de multiples détournements, passant entre les mains de différents artistes comme Warhol, Duchamp, Botero ou Rauschenberg, mais a aussi auprès de marques comme BIC ou Lufthansa.

Retour sur quelques uns de ces détournements les plus marquants.

1/ Mona Lisa réinterprétée par les artistes

Ils ont été les premiers à prendre possession de la Joconde pour la faire intervenir sous différentes formes et corroborer l’esprit de différents mouvements artistiques.

Marcel Duchamp entame la marche en 1919 avec L.H.O.O.Q. Il s’agit d’une simple carte postale reprise par l’artiste et sur laquelle on retrouve la Joconde affublée d’une moustache et d’un bouc avec ces fameuses lettres inscrites en-dessous. Celles-ci pouvant se lire à l’anglaise « look », ou à la française « elle a chaud au cul ». Un détournement léger mais très provoquant qui vise justement à désacraliser le mythe. L’oeuvre typique de l’époque Dada, marquera les esprits avec cet humour acerbe et cette volonté de Duchamp de questionner l’art autour du sens originel de l’oeuvre. La Joconde est-elle devenue un phénomène culturel en perte de sens, qui ne s’apprécierait plus qu’au prisme de sa célébrité et non plus pour la beauté de la démarche artistique de De Vinci, et savons-nous encore regarder (« look ») une oeuvre ? Une question qui mériterait encore d’être posée aujourd’hui.

duchampLHOOQ

La démarche aura ensuite ouvert la voie à bon nombre d’artistes. En 1954, Salvador Dalí ira jusqu’à littéralement habiter la Joconde. On y retrouve sa moustache exubérante, son regard fantasque ainsi qu’une main remplie de pièces, dans son Auto-portrait de Dalí en Joconde.

Auto-portrait de Dalí en Joconde - Salvador Dalí (reprise de Mona Lisa 1954)

Parmi les Surréalistes, il y a aussi René Magritte qui en fait une interprétation tout en géométrie et en simplicité. Dans Gioconda, en 1960, l’artiste met en lumière la mise en scène de l’oeuvre de De Vinci et va en profiter pour y incorporer des éléments de décor de son propre univers (comme les nuages ou les rideaux), sans même avec besoin de représenter explicitement Mona Lisa.

Rene Magritte, La Gioconda, 1960

Fernand Leger nous la dévoile sous un autre jour, plus cubiste cette fois, avec sa Mona Lisa with the keys de 1930.

Mona Lisa with the keys - Fernand Leger -

Côté Pop Art, on retrouve bien sûr Andy Warhol et sa version Colored Mona Lisa (1963) qui reprend son univers, ses codes et sa fameuse technique de sérigraphie.

Mona Lisa

1968, toujours dans la mouvance Pop Art, Jasper Johns réinterprète l’oeuvre avec Figure 7 . Il l’a combine avec ses séries de chiffres à le typographie très proche du « 7 » des fameux Jackpots de machines à sous américaines.

Jasper Johns Figure 7 1968

Dans une version bien plus déstructurée, il y a Pneumonia Lisa de Robert Rauschenberg, réalisé en 1982.

Pneumonia Lisa Robert Rauschenberg, 1982

Keith Haring s’est également essayé à reprendre Mona Lisa et à y appliquer sa patte très pop dans une série d’œuvres de 1988 appelée Apocalypse.

Keith Haring Apocalypse 1988

Côté Funk Art, la version de William T. Wiley, Mona Lisa Wiped Out, de 1967, laisse entrevoir l’icone dans un milieu parasité par différents éléments apposés sur l’oeuvre.

William T. Wiley, Mona Lisa Wiped Out, 1967

Dans un tout autre registre, il y a aussi l’interprétation toute en rondeurs de Fernando Botero, avec Mona Lisa, Age Twelve, en 1959.

Fernando Botero, Mona Lisa, Age Twelve, 1959

Le polonais Rafał Olbiński, la fait intervenir dans plusieurs de ses œuvres surréalistes. On la retrouve avec un visage démultiplié dans Rehearsal for an icon Mona Lisa en 2001, ou bien avec une toute autre tenue et un décor plus « Hollywoodien » dans Mona Lisa.

Mona Lisa - Rehearsal for an icon 2001- Rafał Olbiński

Plus récemment, l’artiste Devorah Sperber a produit plusieurs versions de la Joconde, dont une en 2005, Mona Lisa 2. Elle y reprend le principe de ses œuvres retournées qui utilisent une sphère de verre à distance pour se révéler. Un système qui rappelle d’ailleurs un peu la mise en situation du Visage de Mae West par Dalí.

Mona Lisa 2, by Devorah Sperber

Phil Hansen en fera une version junk food en 2009, avec sa sa Mona Greasa réalisée grâce à la graisse contenue dans les burgers.

SN_MONA_LISA_GREASE10.jpg

En 2013, Jane Perkins reproduira son portrait en utilisant différents objets du quotidien et en les rassemblant de sorte à ce que couleurs et formes soient au plus proche de la version d’origine.

Mona Lisa - Jane Perkins 2013

Un peu plus tard en 2014, c’est la japonaise Nasa Funahara qui emploiera différents types de rouleaux de scotch pour reproduire l’oeuvre dans l’univers très coloré qui la caractérise.

Mona Lisa de Nasa Funahara 2015

Mona Lisa fait aussi son apparition dans le monde complètement décalé du peintre Mark Bryan en 2013, on ne la reconnait désormais plus que par son visage et sa posture.

Mona Lisa - Mark Bryan 2013

Toujours dans les artistes de l’époque, l’italien Fabio Viale réalisera en 2012 un sculpture en polystyrène de la Joconde, nous proposant ainsi de la découvrir sous toute une nouvelle forme. Elle apparaît ainsi en 3 dimensions, avec un matériau très basique qui lui confère d’ailleurs quelques aspérités.

Mona Lisa en Polystyrène par Fabio Viale - 2012

Les street-artistes ne sont pas en reste non-plus. Il y a bien sûr Banksy et sa Mona Lisa with Bazooka Rocket vers 2001. Une oeuvre qui a été vue à plusieurs endroits dans le monde, et qui pose un regard très critique sur la guerre et les violences qui s’y produisent.

Mona Lisa Bazooka Banksy

Il y a aussi Tars, qui sort notre jeune florentine de son cadre pour lui faire faire du twerk en pleine rue.

Mona Lisa Tars

Et Nick Walker la fait se montrer sous un angle inattendu en 2008…

Moona Lisa, Nick Walker 2008

Au niveau des photographes, il y a la reprise du lituanien Tadas Cerniauskas en 2013, voulant reproduire aussi fidèlement que possible les traits de Mona Lisa et donner à son cliché un effet de trompe-l’oeil par rapport portrait d’origine.

Reprise de Mona Lisa du photographe lituanien Tadas Cerniauskas - 2013

 

2/ Mona Lisa reprise par les marques et la publicité

Avec un tel succès, la Joconde est vite apparue comme un moyen de communiquer riche de sens et de symboles pour les marques.

En tant qu’ancien dessinateur publicitaire, Andy Warhol déclarera à son propos que « L’art c’est déjà de la publicité, la Joconde aurait pu servir de support à une marque de chocolat, à Coca-Cola ou à tout autre chose ».

Différents publicitaires se la sont ainsi appropriée, profitant d’une icône connue et appréciée de tous pour faciliter la transmission d’une idée et le partage de valeurs autour d’un produit ou d’un service. Les publicités détournant Mona Lisa donnent ainsi aux marques l’occasion de développer une histoire en lien avec celle-ci, voire même d’entrer dans le mythe en proposant leur version des faits. C’est bien sûr aussi un moyen pour elles de faire référence au monde de l’art, ainsi qu’à la France et à la ville de Paris. La Publicité en profite également pour amener une touche d’humour à l’oeuvre, en jouant sur quelques détails de sa mise en scène ou sur son histoire.

En voici quelques exemples. Avec tout d’abord BIC, qui reprend la version revisitée par Marcel Duchamp. Le « L.H.O.O.Q » se transforme en « Tout le monde peut devenir un artiste« . BIC capitalise ici sur la simplicité apparente de la démarche de Duchamp avec cette oeuvre, une manière de dire qu’un simple stylo peut procurer du talent à quiconque.

Mona Lisa - BIC - Reprise Marcel Duchamp

Il y a aussi une belle création signée de l’agence Diaframma pour la fondation italienne ANT qui s’occupe de personnes atteintes du cancer. On y voit la Joconde chauve avec ce message fort : « Les tumeurs changent le vie, pas sa valeur ».

Fondation ANT, Mona Lisa

Pour la ONCE, un organisme espagnole qui s’occupe de personnes aveugles, la florentine se voit complètement décoiffée pour promouvoir des expositions spécialement conçues pour faire appel au « toucher« .

Mona Lisa - ONCE

Toujours côté capillaire, c’est la marque Pantene qui vient en aide à notre Mona Lisa, en lui proposant de  » restaurer ses anciens cheveux endommagés « . Le résultat : une Joconde à la chevelure chatoyante qui ne demandait qu’à être révélée.

Mona Lisa Pantene

Après les cheveux, place au maquillage. On retrouve la dame en porte-drapeau pour Lufthansa.

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Elle joue les rebelles hard rock pour une radio qui mélange musique et culture, le tout après avoir subit un petit croisement génétique avec Marilyn Manson. Mouais…

Mona Lisa - Maryline Monson - Radio

La marque de baumes à lèvres Blistex retire les quelques gerçures de son sourire.

Mona Lisa Blistex -  Publicité Baume à lèvres

Epson en profite pour vanter les mérites d’une imprimante ultra-rapide.

Mona Lisa - Joconde - Publicité Epson

Elle joue les pantoniers pour les peintures Dulux, avec un portrait qui prend forme lorsqu’on l’observe à bonne distance. Une reprise qui fait également penser au principe du portrait de Lincoln par Dalí, le fameux Gala nue regardant la mer qui à 18 mètres apparaît le président Lincoln.

Mona Lisa - Publicité Dulux

Audi lui offre un peu d’espace en plus avec son Q7, de quoi s’extirper de ses 77 x 53 cm.

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Magimix nous propose une version tout en légumes de la Mona Lisa.

Mona Lisa Magimix

Au Mexique, elle sert aussi à promouvoir la vision de la beauté selon Playboy, pas de censure.

Mona Lisa - Publicité Playboy Mexique

Elle aura aussi été revisitée pour le compte de cette encyclopédie qui nous dévoile l’envers du décor, chez De Vinci.

Publicité Enciclopedie - Mona Lisa

Et enfin, les thés Hyleys lui proposent un tea time, histoire de se remettre de toutes ces émotions.

Mona Lisa - Thé - Publicité Hyleys

 

3/ Les autres détournements de la Joconde dans la culture populaire

Finissons tout en légèreté avec quelques reprises venues de la culture populaire. Avec l’essor du web et des réseaux sociaux, l’image de la Joconde n’a eu de cesse d’être revisitée à travers le monde, par-delà les tendances et les actualités. On la voit désormais se prendre en selfie, croisée avec des mèmes, Simpsonisée, ou bien encore croisée avec des personnages de films cultes. Bref, la voilà un peu torturée dans tous les sens et propulsée dans une culture moderne qui foisonne de références. Elle n’hésite plus désormais à sortir du cadre et à s’affranchir des contraintes…

Mona Lisa sort du Cadre

Du côté des personnalités, la dame a été croisée avec des Michael Jackson, Nicolas Cage, Rowan Atkinson (aka Mr. Bean), ou encore Vin Diesel.

http://nebuleuz.com/wp-content/uploads/2015/02/Parodie_Mona_Lisa_-_Joconde_-_Michael_Jackson_Nico.png

Et Gene Simmons de Kiss tout comme Beyoncé n’y échappent pas.

Parodie_Mona_Lisa_-_Joconde_-_Beyonce_et_Gene_Simm

Ces croisements entre l’icône d’autrefois et celles d’aujourd’hui se poursuivent dans l’univers du cinéma. On peut ainsi rencontrer des Mona Lisa en version Star Wars avec Leia (Carrie Fisher), ou bien une autre Simpsonisée (Matt Groening), en Avatar, Exorciste, Shining (Jack Nicholson), sans oublier Pulp Fiction et Superman évidemment.

Parodie-Mona-Lisa-Joconde-Films-Cultes-Star-War-GO

Du côté du web, les geekeries et autres mèmes n’hésitent pas à s’attaquer à la Joconde non-plus. Elle est mixée avec des photos qui font le tour de l’Internet, comme celle de cette femme apeurée par un pigeon. On a aussi le fameux space invader, ou Grumpy Cat qui participe au phénomène.

Mona_Lisa_Meme_Pigeon_converted

Parodie_Mona_Lisa_-_Joconde_-_Alien_Grumpy_Cat_con

Et comment parler d’Internet sans parler de Twitter, car désormais avec la prolifération des comptes parodiques, même Mona Lisa dispose du sien, plutôt sympathique d’ailleurs.


La Joconde est même tellement connectée qu’elle en vient à faire des selfies avec une bonne grosse duckface. Espérons juste que cette Mona Lisa-là ne prenne pas le pas sur la version originelle…

mona-lisa-selfie duckface

 

Quoiqu’il en soit l’oeuvre aura traversé les âges et le mythe perdure. Son intervention dans la culture populaire montre bien sa force de représentation en tant qu’icône. Même si elle est détournée, parfois d’excellente façon, d’autres fois plutôt misérablement, elle continuera toujours à nous fasciner. C’est aussi là que se traduit le génie d’un certain Leonard de Vinci.
Et en guise de conclusion, la parole est à Pierre Desproges qui nous apporte encore quelques éclaircissements supplémentaires sur le sujet dans La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède

 

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Quelques sources à voir également :

Louvre

Vive la Pub

AdTimes

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